L’instant poésie…

La poésie et moi, on n’est pas toujours copain… Mais il arrive parfois que des poèmes me marquent. Des poèmes que j’ai aimé dès la première lecture et qui restent quelque part, là, dans ma tête. 

Parfois aussi, les poèmes n’apparaissent pas clair dans mon esprit, leur sens reste caché, inaccessible. Et cela, même parfois après plusieurs lectures…  Là, interviennent les cours de français et je suis heureux d’avoir pu avoir des explications sur certains poèmes dont le sens ne venait pas à moi. Oui moi, élève d’une filière scientifique, fait l’éloge du cours de français. On aura tout vu 😛 . Sérieusement, quand on a compris l’intégralité d’un poème, c’est à ce moment là qu’on s’écrit souvent : « Waw, le poète est un génie ». Toutes ces images, ces rimes, ces rythmes, ces sons se révèlent être une véritable recherche et pourtant totalement dénuée de sens pour nous à première vue.  Cependant, ces poèmes-là, on les oublie vite. Des études scientifiques prouvent (ouais hein, l’éloge du français, ça va bien pendant deux minutes 😛 ) qu’on retient uniquement les choses qui sont liés à une pensée, une sensation, un souvenir affectif. Comme on dit : « le cœur a ses raisons que la raison ne connait point ».

Je le dis souvent : chacun peut trouver un livre qu’il va adorer dans chaque genre littéraire. Je pense aussi que toute personne est en mesure de trouver le poème qui la captivera. Beaucoup de personnes ont du mal avec la poésie qui n’est autre que le royaume du symbole, de l’image, de la suggestion. Il faut parfois creuser, chercher, s’immerger dans le poème pour trouver sa signification. Et encore, peut-être n’était-elle pas celle que voulait donner le poète. La poésie : l’inexactitude et le subjectif réunis pour former parfois quelque chose d’enivrant, parfois quelque chose de flou pour son lecteur. Tout dépend de la personne qui le découvre, du moment, du lieu. 

Bref, voilà, je voulais juste vous faire partager quelqu’un de ces poèmes qui m’ont marqué au fer rouge. J’espère que vous les apprécierez autant que moi ! 🙂 

« Le dormeur du val », Arthur Rimbaud.

C’est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.
 
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
 
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.
 
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
 

« Une charogne », Charles Baudelaire.

Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux :
Au détour d’un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,
 
Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons.
 
Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu’ensemble elle avait joint ;
 
Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s’épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l’herbe
Vous crûtes vous évanouir.
 
Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D’où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.
 
Tout cela descendait, montait comme une vague,
Ou s’élançait en pétillant ;
On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague,
Vivait en se multipliant.
 
Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l’eau courante et le vent,
Ou le grain qu’un vanneur d’un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.
 
Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève
Seulement par le souvenir.
 
Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d’un oeil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu’elle avait lâché.
 
– Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !
 
Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.
 
Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés !

« Ce coeur qui haïssait la guerre », Desnos.

Ce coeur qui haïssait la guerre
voilà qu’il bat pour le combat et la bataille ! 
Ce coeur qui ne battait qu’au rythme des marées, à celui des [saisons, 
à celui des heures du jour et de la nuit, 
Voilà qu’il se gonfle et qu’il envoie dans les veines 
un sang brûlant de salpêtre et de haine.
Et qu’il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en [sifflent
Et qu’il n’est pas possible que ce bruit ne se répande pas dans la [ville et la campagne
Comme le son d’une cloche appelant à l’émeute et au combat.
Écoutez, je l’entends qui me revient renvoyé par les échos.
 
Mais non, c’est le bruit d’autres coeurs, de millions d’autres [coeurs 
battant comme le mien à travers la France.
Ils battent au même rythme pour la même besogne tous ces [coeurs,
Leur bruit est celui de la mer à l’assaut des falaises
Et tout ce sang porte dans des millions de cervelles un même [mot d’ordre :
Révolte contre Hitler et mort à ses partisans !
Pourtant ce coeur haïssait la guerre et battait au rythme des [saisons,
Mais un seul mot : Liberté a suffi à réveiller les vieilles colères
Et des millions de Francais se préparent dans l’ombre 
à la besogne que l’aube proche leur imposera.
Car ces coeurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté 
au rythme même des saisons et des marées, 
du jour et de la nuit.
 

 « L’horloge », Charles Baudelaire.

Horloge! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : « Souviens-toi ! »
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d’effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible;
 
Le plaisir vaporeux fuira vers l’horizon
Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison
 
Trois mille six cents fois par heure la Seconde 
Chuchote: Souviens-toi!- Rapide, avec sa voix
D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !
 
Remember ! Souviens-toi ! Prodigue ! Esto memor !
( Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or !
 
Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi,
Le jour décroît; la nuit augmente; souviens-toi !
La gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide,
 
Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard,
Où l’auguste Vertu, ton épouse encore vierge,
Où le Repentir même ( oh ! la dernière auberge ! ),
Où tout te dira : Meurs vieux lâche! il est trop tard !


Pour moi en tout cas, le français et les études de texte c’est fini… Dommage, ça peut être tellement bien parfois (à condition d’avoir le prof qui va avec). L’aventure poétique scolaire s’est conclue avec un bac de français sur ce genre justement, inspiration certaine de cet article.

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A propos Léo Elfique

Lecteur touche à tout de 16 ans.
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10 commentaires pour L’instant poésie…

  1. Luthien dit :

    Jolis poèmes ! 🙂
    J’ai aussi parfois du mal avec la poésie (oui même avec des études littéraires), j’aime surtout étudier un seul poème.

  2. J’aime aussi la poésie 🙂 (je passe en 1ère L :p)
    Bonne sélection, surtout “Une charogne” de Charles Baudelaire, il est puissant ! ^^

  3. Diabazo dit :

    Quelle jolie idée de nous faire partager ces jolis mots ! J’ai a peu près le même avis sur la poésie, certains textes me parlent aux tripes, d’autres me laissent perplexe. Mais j’aime me faire surprendre par un brin de poésie inattendu !

    Je suppose que tu as déjà entendu ton premier poème par le grand Reggianni (http://www.youtube.com/watch?v=kOBzWVewDPo) la voix est tellement belle !

    Et puis certains scientifiques ne laissent jamais vraiment tomber leur côté littéraire, et le lecteur que tu es n’en n’aura jamais vraiment fini avec le Français, crois en ma vieille expérience de scientifique 😀 ! (Les cours de français me manqueeeeent !). Bon courage pour le bac :p

    • Léo Elfique dit :

      Non, je n’ai jamais entendu ! Le lien ne marche pas… Je pars en quête de la vidéo par un moyen détourné ! 😛

      Oh, je ne compte pas délaisser mon côté littéraire pour autant ! 😀 Il faudra même plus le « cultiver » du coup ! 🙂

      Merci de ton passage ! 🙂

  4. MilesTEG dit :

    Ha la poésie ! Ca n’est pas ce qui est de plus aimé par les élèves de 1ère qui passent leur bac de français 😀
    Quand j’ai passé le mien (deux fois même), je n’ai jamais vraiment aimé… Et mes élèves de 1èreS que j’ai eu cette année n’ont pas trop aimé non plus, pour la plupart :p

    A la rigueur, le dormeur du val m’avait assez plu, car je l’avais appris il y a longtemps, mais en faire l’étude comme on doit le faire en 1ère… Hmmm… Je préfère passer mon chemin ^^

    En revanche, certains poèmes sont juste magnifique à lire/entendre.

    Léo : tu es en Terminale l’année prochaine si j’ai bien compris ?
    Tu risques d’avoir de la philo non ? (j’ai pas vraiment aimé non plus d’ailleurs étant élève…)

    • Léo Elfique dit :

      Tu es prof de quoi ? ^^
      Dans ma classe, on est pas beaucoup a aimé le Français…

      Oui, en TS Physique Chimie 😀 Et oui, j’aurais philo… A voir si ça me plaît ! Je pense que ça dépend énormément du prof et sous quel angle on attaque cette matière. A voir ! 🙂

      • MilesTEG dit :

        Je suis prof de Sciences Physiques 🙂 Matière que j’espère tu aimes ^^
        Tu as raison pour la philo… quand j’en ai fait, j’ai pas du avoir un prof qui m’a intéressé à la matière… du coup j’ai pas aimé, et je n’en ai pas gardé un bon souvenir… Si ce n’est que j’ai eu 08/20 au BAC alors que toute l’année j’avais des tolles bien pire 😀

      • Léo Elfique dit :

        Si je prends Spé physique, c’est bien que je dois aimer ça ! 😛 J’envisage même peut être d’aller en Génie Physique en étude sup’. ^^

        Ah, les voies de la philo sont impénétrables ! 😛

      • MilesTEG dit :

        C’est clair 😀

        Bon courage pour ton année de TS 🙂 avec ce nouveau programme ^^

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